Ce lundi 9 mai 2022, la World Federation Against Drugs, WFAD en sigle et ses partenaires avec l’accompagnement du Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévention de la RDC ont organisé une conférence de presse à la Maison de France dans la commune de la Gombe grâce à l’appui financier de la Coopération suédoise. Cette rencontre avec les professionnels des médias avait pour objectif la présentation des résultats des analyses en laboratoire de l’échantillon de la fameuse drogue ‘Bombé’ ainsi que des résultats de la pré-étude de cartographie des organisations œuvrant dans la lutte contre l’abus de drogues dans la ville de Kinshasa, financée par l’organisation suédoise ForumCiv et menée en collaboration avec le Programme National de Lutte Contre les Toxicomanies –PNLCT-, l’Ecole de Criminologie de l’Université de Kinshasa et l’ONG Interactions RDC.
La République Démocratique du Congo (RDC) est un Etat partie aux conventions internationales relatives au contrôle de la drogue depuis le 19 Novembre 1973. Malgré cet engagement politique au plus haut niveau du pays, les efforts pour éradiquer le commerce et la circulation de la drogue peinent à se maintenir pour plusieurs raisons. La consommation des différentes formes de drogues et la démission des services publics ont engendré des multiples phénomènes sociaux, notamment le banditisme de rue avec le phénomène « Kuluna » que l’Etat peine à maîtriser malgré l’existence des moyens de répression.



M. Dandy Yela, Représentant Pays de la WFAD en RDC a déclaré : ‘’L’abus de drogues se développe de façon inquiétante en RDC en raison de la consommation excessive de l’alcool et de toutes sortes de drogues émergentes dont la fameuse drogue artisanale ’’Bombé, une substance psychoactive apparue il y a peu de temps mais dont la consommation, particulièrement toxique, se répand dangereusement parmi les jeunes à Kinshasa.’’
‘’Il y a donc urgence de sensibiliser l’opinion et de mener des plaidoyers auprès des institutions et des autorités à tous les niveaux pour mettre fin à la consommation de cette drogue dont les méfaits à moyen et à long termes sur le corps humain demeurent encore inconnus’’, a-t-il rénchéri.
D’après les explications du Directeur du PNLCT, Patrice Milambo, cette nouvelle drogue artisanale est fabriquée à partir des résidus provenant des tuyaux d’échappement mélangés à la Nutrilline (Ciproheptadine), le Tramadol et d’autres substances formant ainsi un cocktail dangereux pour la santé. Consommée surtout par les jeunes, cette drogue fait dormir plusieurs heures durant, et il y a d’autres manifestations psychologiques mal connues, sa toxicité étant imprévisible. Elle se présente sous deux formes : la forme à sniffer et la forme injectable.
En date du 25 août 2021, le PNLCT a prélevé un échantillon de la fameuse drogue ‘Bombé’ à Kinshasa – Lukunga plus précisément, qui a été envoyé à KU Leuven en Belgique par le biais du Département de toxicologie de l’Université de Lubumbashi en vue des analyses physicochimiques.
L’échantillon prélevé a été analysé au laboratoire de toxicologie de la KU Leuven dirigé par le Professeur Jan TYTGAT par la méthode Triple QUAD-LC MS/MS et confirmé par Q-TOF-MS. Le PNLCT avec le soutien du Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévention a eu l’occasion non seulement de partager les résultats de ces analyses, mais également de présenter la série d’actions prévues en vue de contribuer à la lutte contre la consommation de cette substance très nocive surtout dans les milieux des jeunes.


L’analyse en laboratoire au moyen TRIPLE QUAD LC-MS/MS (une technique analytique puissante qui associe le pouvoir de séparation de la chromatographie en phase liquide à la capacité d’analyse de masse hautement sensible et sélective de la spectrométrie de masse à triple quadripôle) a révélé la présence de l’héroïne, de la morphine, de la codéine, de la noscapine, du thebacon, de la papavérine, de la caféine en quantité abondante et du paracétamol. Cette analyse a été confirmée par la méthode Q-TOF-MS (technique de détection en spectrométrie de masse permettant de détecter et d’identifier des molécules par mesure de leur rapport masse sur charge).
Cependant, ces résultats sont basés sur l’analyse d’un seul échantillon jusqu’à présent. Le PNLCT a déjà collecté des échantillons à d’autres endroits pour des analyses en laboratoire plus poussées, car les enquêtes ont montré qu’il existe plusieurs types de drogue “Bombé”. Les analyses de ces autres échantillons permettront de tirer une conclusion définitive sur la composition de cette substance nocive pour la santé humaine.
Dans le même registre de la lutte contre l’abus de drogues en RDC, la WFAD a obtenu un financement de l’organisation suédoise ForumCiv (une organisation suédoise de coopération au développement et qui travaille dans le domaine des droits de l’homme et des droits civils) pour effectuer une pré-étude sur la cartographie des organisations opérant dans la lutte contre l’abus de drogues à Kinshasa.


De novembre 2021 à avril 2022, la WFAD et ses partenaires PNLCT, ECOLE DE CRIMINOLOGIE de l’Université de Kinshasa et INTERACTIONS RDC, ont effectué une pré-étude. Cette pré-étude avait pour objectif principal de faire la cartographie des ONGs œuvrant dans la lutte contre l’abus de drogues dans quelques communes de la Ville de Kinshasa. La WFAD et tous ses partenaires ayant travaillé dans ce projet, ont saisi l’occasion pour présenter également les résultats de cette pré-étude menée sur terrain.
La WFAD avait mis en place un comité tripartite de pilotage de la pré-étude composé du Ministère de la Santé Publique, représenté par son programme spécialisé PNLCT, et de l’Université de Kinshasa représentée par l’Ecole de criminologie. Les descentes sur le terrain ont été lancées en janvier après une formation de 5 jours en application de collecte et analyse des données KoBocollect pour tous les enquêteurs ; et 5 communes de la ville de Kinshasa ont été visitées, à savoir Kinshasa, Makala, Ngaliema, Selembao et Barumbu qui constituent la zone WFAD dans laquelle un projet important d’accompagnement et de prise en charge des jeunes Kuluna est en train d’être réalisé dénommé ‘’Jeunesse Sobre-Communautés Plus Saines : Transformer les Jeunes Violents à Kinshasa’’ financé par la Coopération Suédoise.
Le Professeur Raoul Kienge Kienge, Directeur de l’Ecole de criminologie de l’Université de Kinshasa a déclaré : ‘‘Le rapport de la pré-étude présente le contexte dans lequel elle a été demandée, les objectifs spécifiques, la méthodologie utilisée, la présentation et l’interprétation des résultats, les forces et faiblesses ainsi qu’une conclusion présentant quelques recommandations.’’
La pré-étude a révélé que le domaine de l’abus de drogue dans les 5 communes sélectionnées est géré par les organisations de la société civile (structurée majoritairement en organisations non gouvernementales, en association socio-culturelle et en organisations confessionnelles), car aucune initiative à caractère étatique n’a été identifiée. En effet, il ressort clairement de cette pré-étude que 77% des organisations identifiées sont du niveau national contre 20% du niveau local (provincial) et 3% du niveau international. La plupart d’organisations identifiées œuvrent dans la prévention soit 46% et le traitement de l’abus de drogue est le domaine d’activité le moins investi par les organisations identifiées. Dans l’ensemble, les organisations identifiées offrent l’accompagnement psychologique comme l’unique approche de prise en charge alors qu’il faut une prise en charge holistique et intégrée dans les zones de santé par l’accompagnement psychosociale, la désintoxication et le sevrage. Il se dégage donc que face à l’immensité des défis liés à une gestion adéquate de l’abus de drogues, la pré-étude montre un déficit de réponse adéquate. Le rapport détaillé sera publié dans les prochains jours.
WFAD et ses partenaires compte mener une étude plus élargie sur toute la ville de Kinshasa voire même sur l’ensemble du pays afin de disposer d’une cartographie exhaustive de tous les acteurs impliqués dans la lutte contre l’abus de drogues en RDC.


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